Girolata : Présentation

Le cadre grandiose et aujourd’hui paisible de la baie de Girolata ne doit pas faire oublier le caractère sûr et discret de son abri et donc la dangerosité de cette zone où relâchaient nombre de navires « turcs » notamment depuis la prise de Rhodes en 1522 qui leur ouvrait les portes de la méditerranée occidentale et que décrivait déjà Agostino Giustiniani dans son Dialoguo Nominato Corsica comme « un bon port qui a deux miglie de circuit, qui est très grand et très bon abri pour les corsaires. »
Ainsi, c’est dans ce havre tranquille que se déroule un des plus remarquable succès naval génois. Le terrible Dragut qui pille la Corse de manière éhontée depuis les années 1520, vient de ruiner le village de Lumio (14 juin 1540) (ASG, liasse 189) et l’île de Capraia. Sur sa route il croise l'une des quatre flottes génoises stationnant en Méditerranée, celle de Zanetino Doria, qui le prend en chasse à un ou deux jours de décalage. La flotte de Dragut est constituée de douze ou treize navires, des fustes, des petites unités rapides mais aussi de deux galères. Il relâche à Girolata pour faire provision d’eau et c’est dans cette nasse que Zanetino Doria retrouve sa proie le 20 juin. Les génois coulent le bateau de Dragut qui est capturé, il est alors ramené triomphalement au port de Gènes. On le livre à Andrea Doria qui va le revendre aux turcs. Fatale erreur, Dragut reviendra piller la Corse comme en 1545 à Sartène, et c'est lui qui retournera avec la flotte française lors de la fameuse opération de 1553, lors des guerres franco-turques.
Le site se prêtait particulièrement à la construction d’un édifice d’importance que l’isolement rendait impératif et c’est un véritable fortin qui vit le jour au beau milieu du XVIème siècle.
Le 13 septembre 1551, le surintendant aux constructions de Corse, Gérinomo da Levanto embarque de Calvi pour procéder au démaquisage du site de la construction. Il y est rejoint par voie de terre par une compagnie de vingt-cinq soldats armés sous les ordres du caporal Battista de Bollano dit Il Rosso et par une cinquantaine d’hommes de Balagne. Concomitamment, des navires transportant de la pierre à chaux sont envoyés de Saint Florent.
Dans un rapport établi le 28 octobre, le surintendant indique qu’il a fait nettoyer l’éminence nécessaire à la construction de la tour et du bastion, mais aussi les lieux d’où il escompte extraire les pierres afférentes à la bâtisse et ouvrir une route entre l’oppidum et le port où l’on déchargera les barques. L’enjeu est tel que le governatore de Bastia lui adresse une escorte de quarante arquebusiers dirigés par Francesco fils de Basiano, des caporali de Sant’Antonino pour le temps de la construction. Les travaux d’édification débutent le 6 novembre, assisté de deux maestri di cazzuola qui dirigent pas moins de quatre-vingt-dix ouvriers. Un plan visant à achever, en une quinzaine de jours, un premier bastion pour mettre en défense le chantier est échafaudé par le maître d’œuvre, d’autant qu’il connaît en ces temps d’insécurité latente, un retard dans l’acheminement de deux pièces d’artillerie en provenance d’Algajola.
Ces péripéties n’entament en rien le rendement de l’équipe, encouragée par le fait qu’un bon filon de pierres est trouvé et que la chaux peut se cuire aisément. Le 29 novembre, Gérinomo da Levanto, achève le bastion et renvoie alors quinze soldats dont la présence ne se révèle plus nécessaire. Par ailleurs, il fait savoir au commissaire de Calvi Negrone Merello qu’il a décidé de baptiser la tour en cours d’érection : Torre San Giorgio.
Coup du sort, le surintendant tombe alors malade et est forcé de rentrer à Calvi vers la fin de l’année. Les travaux sont d’abord suspendus deux mois faute d’approvisionnement en pierre à chaux et malgré l’arrivée du nouveau responsable Giovan Battista di Franchi, le travail est au point mort sans matériaux. C’est au début du mois de juin 1552, qu’on achève le chantier où manquent cependant les portes, les balustrades et de menus travaux pour la citerne.
Entre temps, le pauvre Gérinomo da Levanto, après une convalescence de deux mois et un retour à Girolata fin avril pour parachever l’ultime voûte de l’édifice est victime de forte fièvre et meurt à Calvi le 05 mai 1552 sans voir l’achèvement de son œuvre. En décembre 1564, Stefano Doria venant d’Ajaccio en direction de Calvi, doit s’y réfugier à cause d’une très forte tempête. Il débarque homme et matériel et prend le chemin de Calenzana sous une pluie battante.
Quelques années après, en décembre 1572, à noter ce fait-divers : on recueille des témoignages concernant la prise de turcs sur un petit îlot situé à proximité de Girolata par Giovan Agostino de Calvi.
Plus tard, entre 1590 et 1604, on développe l’enceinte initiale et on accole une seconde tour carrée à la première ce qui lui vaut cette forme insolite. Enfin, une campagne de consolidation est menée à partir de 1610 du fait de malfaçons notoires occasionnées vraisemblablement par le décès prématuré de l’architecte primitif dont le savoir-faire fit certainement défaut par la suite.
Comme de partout, le financement des travaux est adossé à l’octroi de concessions de terres.
Ce sont trois patriciens génois : Nicolo de Negroni, Domenico et Paolo Giustiniani qui les ont négociées auprès de l’Office de Saint Georges. Il est stipulé qu’ils accèdent au droit de pêche au corail durant 25 ans sur le littoral de Sia, à l’exclusivité des terres pour des pacages ou cultures, à la possibilité d’exporter les récoltes vers Gênes, à l’exemption de la dîme pour eux et leurs successeurs. En contrepartie, ils s’engagent à édifier une tour à Girolata dans l’année en échange d’un prêt remboursable sur dix années. Les maçons, la garde du chantier et les canons restant à la charge de l’Office.
Dès le départ, les soldats et le capo sont mis en place par le presidio de Calvi.
Quelques anecdotes sur Girolata :
On a retrouvé une requête du lieutenant Scipione et du caporal Angelo Fischi pour obtenir des places de chefs des tours de Porto et de Girolata en août 1602.
De même, un procès verbal de la capture de quatre turcs sur une barque près de Girolata par un patron de Frontignan en octobre 1607.
Une chapelle dédiée à Saint Pancrace fut construite à l’intérieur de l’enceinte et servit d’église à la petite communauté de Girolata. A ce propos, il faut noter qu’en 1617, Gio Belgodère qui est nommé capo en remplacement de son fils promu Alfière pour une durée de huit ans, a notamment pour mission de restaurer la chapelle, d'y faire célébrer la messe et de l'approvisionner en hosties, vins et bougies. C’est cette même année que dans un état complet des tours de l’île daté du 29 août, nous apprenons que la « garnison » est constituée d’un capo et de trois soldats payés par le préside de Calvi.
Nous possédons un inventaire effectué le 17 juin 1726 par le Capitaine Franco Belgodère, chef de la tour de Girolata. On y trouve notamment deux canons de bronze (toujours sur le site), une cloche également de bronze mais brisée, un espingard avec son pied, douze fusils, et quarante livres de poudre.
Plus tard, en 1664, un inventaire de l’armement ne note plus que la présence de deux falconi.
Dernier fait d’armes sous Pascal Paoli, le fortin fut pris d’assaut, en janvier 1761, par des bergers qui firent prisonnier la garnison génoise en place.

En 1866, la Direction des Domaines donna l'ordre de mettre les tours en vente. La tour de Girolata et le fortin de l'ilot du Gargalo furent achetés par le général Fiorello Ceccaldi, inspecteur du service de santé des armées.


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